Années bazar : Retour vers « l’Avenir »…. (9) Salut l’Artiste !

Mains-ouvertes-AMC-webJ‘ai appris sa disparition sur le blog du Rezo Bazar, récemment ; son nom figurait dans la liste de ceux qui nous ont quittés. Je parle  de celui qui fut mon « patron » à la pub du BHV : Michel B. parti enseigner la réclame aux anges, à l’âge de 78 ans, tout en les enfumant de ses horribles cigares italiens : les TOSCANI.                                                                       Bien que ce pourrait être difficile en raison de son attitude* à mon encontre dans la période 1995-2000, je vais essayer de lui tirer un petit coup de chapeau dans les lignes qui suivent.

Toscanis

Les fameux Toscani…

Il a appartenu à la catégorie assez réduite de ceux qui ont vraiment marqué la vie de l’entreprise BHV entre 1960 et 1995. Il débute à la Promo des Ventes avec le futur Directeur Général  Claude F. et les futurs directeurs de Départements (aussi désignés en interne sous le vocable de ‘Mandarins’). Chef du service des Comparaisons, puis directeur du BHV Flandre, il fait l’ouverture du BHV Parly 2 avant d’être, selon les dires, écarté par son hiérarchique qui le trouvait dangereux pour sa propre place, un certain André B.

Quand je l’ai rencontré en 1978 pour effectuer un stage dans son service, il occupait déjà ce qui serait son dernier poste, à savoir sous- directeur marketing et directeur de la Publicité BHV. Il était aussi le boss d’un grand monsieur, (champion du monde corporatif de ping pong), lequel me pris sous son aile et sollicita ma candidature à son remplacement lors de son départ à la retraite en 1980 : Stephen CAFIERO.

amc00083_piaget_miniGrand, Michel B. n’avait pas pu l’être car sa taille frôlait les 1,60 m. Généreux, gratifiant, il ne l’était pas probablement non plus en raison de ses origines auvergnates ( il n’avait pas honte de dire qu’il était économe). Cultivé, Michel l’était, il en a épaté plus d’un avec ses connaissances livresques.

Grand Manager,  avec le recul,  je pense aujourd’hui qu’il l’était : me laissant complètement autonome,  je ne lui ai rendu quasiment aucun compte, l’informant simplement de l’avancée des projets. Je pense qu’il connaissait la valeur de ceux qui se démenaient dans son team et savait user de sa position hiérarchique pour monter au créneau défendre ses troupes en cas de conflit.

LOgo-BHV-1988Mais combien de fois m’a-t-il cité cette phrase de Pagnol à propos de mon travail : « Tout le monde savait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait..  » ne vous méprenez pas, en me laissant faire, il ne prenait pas de risques, il savait que je réussirai. Il pouvait ainsi encaisser sereinement à ma place les honneurs du hiérarchique qu’il était,  puisque je n’assistais pas aux félicitations qu’il recevait….

Dommage qu’il ait vécu dans le passé, comparant sans cesse la situation actuelle avec celle qu’il avait connu entre 1960 et 1970. Jamais la phrase de Pierre Dac ne s’était mieux appliquée au bonhomme : « Monsieur a son avenir devant lui, il l’aura dans le dos à chaque fois qu’il se retournera. » J’imagine que le sciage de la planche sur laquelle il était quand il dirigeait Parly 2 avait laissé une blessure ouverte dont il ne parlait jamais.

Et pourtant, il sentait bien l’avenir, cet homme à la Golf GTI rouge dont il avait du mal à toucher les pédales. Il avait si bien plaidé et appuyé ma demande d’achat d’un Mac Intosh de 150 000 F (27 000 €  en 1989,  à l’époque c’était énorme pour un ordinateur), ainsi que l’amenée d’une ligne Numéris pour transmettre nos fichiers aux agences, imprimeurs et  gagner un temps précieux dans la fabrication des catalogues.

Salut l’artiste ! 

feuille roseet si vous devez faire de la correction chromatique, Michel, ne faites pas comme lors d’un bon à tirer, ne demandez pas au conducteur machine de remonter le blanc. Le blanc n’est pas une couleur, c’est celle du papier ou……des nuages du paradis !

—————————————————–             * en 1995, promu dans la catégorie très enviée des cadres supérieurs,  j’intègre une toute nouvelle cellule du nom de « Projets commerciaux » avec pour mission de canaliser par des objectifs bien définis, d’abord le travail des commerciaux en amont puis en aval  celui des « créatifs »qui intervenaient sur la communication BHV. C’est un coup dur pour Michel B. qui perd son « marche pied de performance » (ie: moi).

Lui qui s’était accoutumé aux félicitations sur mon travail alors que bien trop souvent son rôle n’avait consisté qu’à aller déjeuner avec l’imprimeur ……., le voici qui se trouve « encadré ».  Il va exprimer une réaction émotionnelle surprenante: une fois rejoints mes nouveaux locaux, il fait vider le bureau que j’occupais de tout son contenu ! Tout partira en fumée dans les fours d’Ivry… hélas, toutes les archives, soient 20 ans de travail de Stéphen CAFIERO mon prédécesseur, ainsi que mes 17 ans d’archives seront détruites……. incroyable mais vrai !, 30 ans de l’histoire de l’édition BHV et de la publicité des magasins BHV qui disparaissent d’un coup parce qu’un petit monsieur réagit affectivement comme si sa légitime venait de le quitter….! Je crois qu’il m’en a voulu, longtemps, alors que…….. je n’y étais pour rien,..   Michel B.  aimait avoir « ses » choses autour de lui : entre sa secrétaire qu’il appelait en criant « Mais où est-elle passée, ma pisseuse ? » et son environnement immédiat, il permettait à sa propre routine professionnelle de s’installer.

Nos rapports se sont dégradés quand j’ai dirigé ma cellule projets, il incarnait le cerveau droit (irrationnel, créatif, le « moi intuitif, personnellement je crois que »), face à votre serviteur qui suis un parfait exemple de cerveau gauche type  « les études nous indiquent que le marché, connaissez vous le benchmarking ?….. »; il suffisait que je lui indique une orientation, pour qu’il fasse le contraire.                                                                                       Je ne fus pas étonné de lire son rapport à charge quand mon dossier de départ s’ouvrit fin 1999 ( je dérangeais les mandarins, l’ersatz de directrice soi disant marketing en place et je coûtais cher….). Je lus dans ses commentaires toute la différence qu’il n’avait jamais mesurée entre nous : 20 ans d’âge, ma formation marketing et son absence de culture dans ce sujet, le peu de valeur ajoutée qu’il voulait donner à un service comme le sien, et son absence d ‘implication personnelle pour pouvoir durer politiquement longtemps.              Pas pressé de partir à la retraite, le Michel, il a du quitter l’entreprise à  66 ou 67 ans, (il était né en 1935) confortablement installé qu’il était sur un coussin encore bien garni en privilèges et autres « cadeaux » des fournisseurs média……… Qui pourrait lui en vouloir ?

Reçus ces commentaires à la suite de cet article : 

De son complice de longue date : Yves D. qui écrit probablement avec émotion  :« QUELLE BELLE ET JUSTE ET SURTOUT MÉRITÉE ORAISON OU PLUTÔT EVOCATION DE MICHEL, C’ETAIT  MON  AMI ET JE L’AI ASSISTÉ JUSQU’À SON DERNIER SOUFFLE.  J’AURAI VOULU TRANSMETTRE A DANIELE SON EPOUSE VOTRE TEXTE, MAIS HELAS ELLE EST MOURANTE.        Y.D   

PS :  CAFIERO A ETE MON PATRON A LA PROMOTION DES VENTES SOUS LA HAUTE AUTORITE D’UN GRAND MONSIEUR Jacques. GATTEGNO. »

 De Sylvie B. Ancienne Directrice des départements Mode BHV :  » Merci d’avoir envoyé ce très bon texte, Michel B. était un très bon professionnel et un homme très chaleureux. Je l’appréciais beaucoup et suis désolée qu’il soit parti pas si âgé » . (Note perso:  ne pouvait-elle pas dire … si jeune ?)

 

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